Re : Discussion de février : la mort et vos enfants
* A quelle occasion avez vous abordé le sujet et quel âge avaient les enfants ? La discussion est-elle née à la demande des enfants ?
Ma fille avait 4 ans quand elle a réalisé qu’elle n’avait pas de grand père paternel (décédé à 48 ans bien avant sa naissance). Elle a posé la question on a essayé de lui répondre le plus simplement possible.
* Y a t-il une dimension religieuse dans votre approche de la question ?
Non. On est agnostique. Quand pour la première fois ma fille m’a affirmé "on m’a dit que quand on est mort on va au ciel", j’ai eu beaucoup de mal à répondre. Au final je lui ai expliqué qu’il y avait des gens qui croyaient à ça et je lui ai passé en revue toutes les croyances autour de la mort, mais que ce n’était pas mon cas et que je pensais moi que étant mort, on n’était plus rien (c'est cash hein pour un enfant…). Bref, il est vrai que c’est difficile de parler de la mort avec un enfant et de trouver les mots justes. En tout cas, alors qu’au début cela me dérangeait que Lena ait une quelconque approche religieuse dans ses réflexions sur la mort, je me suis rendue compte que cela la rassurait alors je lui dis que si elle pense que c’est comme ça, c’est bien aussi
* comment avez vous abordé la question : sous son aspect pratique (l'absence, l'enterrement), sentimental (expliquer vos sentiments, ceux de l'entourage..), croyance (vie après la mort ou néant, religion etc)
Quand j’abordais la question, je ne l’abordais pas vraiment je répondais juste ou réagissais aux questions et doutes de Lena. Jamais je n’aurais pris l’initiative de parler de la mort sans une demande de mon enfant, contrairement à d’autres thèmes comme par exemple la sexualité ou l’amour…Pas que la mort soit tabou mais parce qu’il est difficile d’en parler de manière inopinée.
Pour Lena qui était demandeuse et qui comme Chloé vers l’âge de 4 ans était super angoissée, la question principale était "mais où on va quand on est mort?". Comme je le disais plus haut, j’ai respecté ses croyances alimentées par des proches, même si les dires des proches ne me plaisaient pas parce que je trouvais qu’ils n’avaient pas à émettre d’avis sur un thème aussi difficile et que cela allait à l’encontre de nos croyances à nous….Mais soit. J'ai accepté, laissé dire, et laissé "croire". C’est un peu comme la religion, Lena me dit qu’elle croit en Dieu, j’ai laissé entendre que plus grande, elle pourrait se forger sa propre opinion mais que pour l’heure, je pensais qu'elle n'était pas définitive. Mais que quoiqu'il en soit, si elle croit en Dieu, y'a pas de problème on pouvait cohabiter!
Ensuite, toujours vers 4-5 ans, elle m’a dit un truc qui m’a complètement troublée et décontenancée, j’en avais une grosse boule dans la gorge et des larmes dans les yeux en imaginant son souhait se réaliser: "Maman, moi je veux mourir avant toi, comme ça je ne serai pas triste quand tu mourras parce que je ne le verrai pas." Et là, eh bien…je suis partie en live. Je lui ai expliqué que (je résume vite parce que en vrai, je me suis embourbée aussi) que normalement c’était les parents qui mourraient en premier, que c’était comme ça, dans l’ordre des choses et qu’il était hors de question qu’elle meurt avant moi. (je crois que j’ai utilisé cette expression "hors de question"! Tu parles d’une discussion constructive et sereine). Bref… J’ai carrément dû mal m’y prendre puisque les semaines qui ont suivi, elle était hyper angoissée et croyait que j’allais mourir le lendemain ! Je l’ai rassurée qu’il y avait quand même peu de risques mais j’ai tenu quand même à refaire passer le message que j’allais mourir avant elle, (j'essaie à chaque fois que je parle de ça de dire "mourir" même si le mot est moche, plutôt que "partir"), que ca arriverait normalement quand elle sera adulte, qu’elle sera triste parce que oui on est triste quand quelqu’un qu’on aime meurt, mais que la vie continuera…J’ai conscience que c’est un discours un peu trop difficile à entendre, à comprendre quand on a 4/5 ans mais je ne savais pas comment en parler et je ne voulais pas éluder parce que je trouve cela essentiel pour un enfant de savoir que les parents meurent avant les enfants et qu'ils auront à faire face à ce chagrin.
* le sujet revient-il de temps en temps ?
Le sujet est revenu quand j’avais annoncé trop tôt ma grossesse à Lena qui avait alors 6 ans et que j’ai fait ma fausse couche à 3 mois de grossesse. L’approche a été differente puisque on parlait d’un être qui avait cessé de se développer et donc était mort avant d’avoir vécu sur terre…Mais cela a soulevé d’autres questions…
Il revient aussi très régulierement car vivant dans une ferme avec plein de poussins et de poules, on a pas mal de mortalité…Mais il me semble que Lena est plus tranquille avec ça même si la mort d'un poussin la met dans tous ces états pendant quelques jours. Il me semble aussi qu’elle a reçu aussi toutes les réponses qu’elle attendait. On en parle peu en fait. C'était plutôt vers 4/5 ans qu'elle était obnubilée.
Reste que finalement, on a été bien épargné, on n’a pas vécu de deuil personnel, le seul cela a été le décès de mon B.P bien avant la naissance de Lena.